Simulateur Électoral Québec

22 septembre 2026

Deux points qui valent 16 sièges!

Le PQ à la porte de la Majorité, le PCQ arrache le titre de parti officiel et la CAQ est dans ses retranchements...

Deux points qui valent 16 sièges!

Deux sondages, deux Assemblées nationales

À première vue, les deux portraits se ressemblent énormément.

Le plus récent scénario Léger place le PQ à 29 %, le PLQ à 23 %, la CAQ à 20 %, le PCQ à 17 % et Québec solidaire à 11 %.

De son côté, Pallas mesure le PQ à 28 %, le PLQ à 22 %, la CAQ à 22 %, le PCQ à 16 % et QS à 11 %. Le sondage Pallas a été réalisé le 19 septembre auprès de 1 122 adultes québécois et comporte une marge d'erreur de ±2,9 points, 19 fois sur 20. Pallas Data

Autrement dit, les différences entre les deux portraits sont modestes : un point pour le PQ, un pour le PLQ, deux pour la CAQ, un pour le PCQ et aucune différence pour QS.

Et pourtant, lorsqu'on injecte séparément ces deux scénarios dans le moteur de Projection 127, les cartes obtenues sont très différentes.

Avec les chiffres de Pallas, Projection 127 obtient :

Projection de Sièges - Projection127 selon le sondage de Pallas Data
Source : Sondage Pallas Date du 21 Septembre 2026

Avec ceux de Léger :

Source : Sondage Léger en date du 22 septembre 2026

Précision importante : il ne s'agit pas de projections de sièges produites par Léger ou Pallas. Il s'agit de la transposition de leurs intentions de vote nationales par le modèle de Projection 127.

Deux points pour la CAQ... seize sièges d'écart

La différence la plus spectaculaire concerne la CAQ (Équipe Christine Fréchette).

Dans le scénario Pallas, la CAQ obtient 22 % des intentions de vote et Projection 127 lui attribue 20 sièges.

Dans le scénario Léger, elle tombe à 20 % et sa projection dans notre modèle chute à 4 sièges.

Deux points de vote national. Seize sièges d'écart.

À première vue, le résultat peut sembler disproportionné. Mais une projection électorale ne fonctionne pas selon une règle de trois. Tout dépend d'où se trouvent les votes.

Un parti peut perdre plusieurs points dans des circonscriptions qu'il remportait avec une énorme avance sans perdre un seul député. À l'inverse, une variation relativement petite peut faire basculer simultanément plusieurs circonscriptions où les marges étaient faibles.

C'est exactement ce qui rend la conversion du vote populaire en sièges aussi drastique. On peut donc affirmer que le seuil de survie de la CAQ se situe autour de 21% du vote. En dessous de ce chiffre, le partie pourrait ne plus être un parti reconnu à l'Assemblée nationale.

L'effet de falaise

On peut imaginer une série de circonscriptions alignées au bord d'une falaise.

À 22 %, plusieurs d'entre elles demeurent encore, de justesse, du même côté. À 21 %, certaines commencent à basculer et à 20 %, suffisamment de courses serrées peuvent passer simultanément à un autre parti pour provoquer une chute importante du nombre de sièges.

C'est ce qu'on pourrait appeler un effet de falaise électorale.

Et la CAQ semble particulièrement sensible à cet effet dans notre modèle lorsqu'il navigue entre 22 et 20% des intentions de votes.

Nos récents tests de simulation le montre bien. Plusieurs circonscriptions où la CAQ est compétitive changent fréquemment de gagnant lorsque l'on fait varier légèrement les intentions de vote nationales : L'Assomption, Chambly, La Prairie, Blainville, Brome-Missisquoi, Chapleau, Nicolet-Bécancour ou encore Montarville figurent parmi les circonscriptions pivots.

Ce n'est donc pas simplement le niveau national de la CAQ qui compte. C'est le nombre de sièges qui se trouvent actuellement près de leur point de bascule.

Et les sièges perdus doivent aller quelque part

Il y a une deuxième conséquence importante.

Lorsqu'un parti perd une circonscription, le siège n'est évidemment pas retiré de l'Assemblée nationale : un autre parti le gagne. (Dahh!). C'est pourquoi les 16 sièges qui séparent les deux scénarios de la CAQ amplifient également les mouvements observés partout ailleurs.

Entre les deux transpositions de Projection 127, le PQ passe de 55 à 67 sièges, le PLQ de 33 à 36, le PCQ de 11 à 12, tandis que QS demeure à 8.

Ainsi, une différence nationale relativement modeste finit par produire deux Assemblées nationales politiquement très différentes.

Et surtout, elle fait franchir deux seuils importants...

64 : le seuil de la majorité!

L'Assemblée nationale compte 127 circonscriptions, ce qui place le seuil de majorité à 64 sièges.

Dans le scénario Pallas, les 55 sièges projetés au PQ demeurent sous ce seuil tandis que dans le scénario Léger, Projection 127 en attribue 67 au PQ.

La différence entre les deux scénarios ne se résume donc pas à douze députés péquistes supplémentaires. Elle correspond au passage, dans le modèle, d'une configuration sans majorité de sièges à une configuration où un parti en détient plus de la moitié.

Voilà pourquoi quelques points de vote peuvent avoir une importance sur la composition de notre future asemblée nationale.

12 : un seuil parlementaire important!

Un autre chiffre mérite notre attention : 12.

Dans le scénario Pallas, Projection 127 attribue 11 sièges au Parti conservateur du Québec. Dans celui de Léger : 12. Un seul siège de différence, mais celui-ci pourrait avoir une importance parlementaire majeure.

Le Règlement de l'Assemblée nationale prévoit qu'un parti politique est reconnu comme groupe parlementaire lorsqu'il remplit au moins l'un de deux critères : avoir fait élire 12 députés ou avoir obtenu 20 % des voix lors de la plus récente élection générale. Assemblée nationale du Québec

Le PCQ étant à 17 % dans le scénario Léger, ce n'est pas le critère du vote populaire qui entrerait ici en jeu. C'est celui des 12 députés.

Ainsi, avec la transposition des chiffre de Léger dans Projection 127, le douzième siège conservateur n'est pas simplement un siège supplémentaire : il correspond exactement au seuil de reconnaissance comme groupe parlementaire, si un tel résultat constituait le résultat réel d'une élection.

Cette reconnaissance comporte des avantages concrets à l'Assemblée nationale... En effet, un parti officiellement reconnu hérite de Budget et de temps de parole en chambre non négligeable, c'est exactement la cible qu'Éric Duhaime s'était fixé en début de campagne. Assemblée nationale du Québec

Le 5 octobre au soir, ce pourrait donc être Nicolet-Bécancour qui offre ce titre au PCQ.

Deux petits écarts, deux seuils majeurs

C'est finalement ce qui rend la comparaison entre les deux sondages particulièrement intéressante.

Sur le plan des intentions de vote, Léger et Pallas présentent des portraits qui ne semblent pas appartenir à deux mondes différents.

Mais le mode de scrutin ne distribue pas les sièges proportionnellement au vote national.

Dans la transposition de Projection 127, quelques points suffisent à déplacer suffisamment de circonscriptions pour faire apparaître deux changements institutionnels importants :

le PQ passe le seuil des 64 sièges et le PCQ atteint celui des 12 députés.

Pendant ce temps, la CAQ passe de 20 sièges dans un scénario à seulement 4 dans l'autre.

Ce n'est pas la démonstration que l'un ou l'autre de ces résultats se produira le 5 octobre. Ce sont deux scénarios construits à partir de deux photographies différentes de l'opinion publique et transposés par le même modèle.

C'est surtout une excellente démonstration de la raison pour laquelle une projection électorale doit être lue comme une distribution de possibilités autour d'un scénario central, plutôt que comme une prédiction exacte du nombre de députés qui seront élus.

Deux points peuvent sembler bien peu sur une ligne de sondage.

Sur une carte électorale, ils peuvent parfois changer beaucoup plus que deux sièges.

Et si tout se jouait à un siège?

À l'échelle nationale, quelques points seulement séparent Léger et Pallas. Pourtant, dans Projection 127, ils suffisent à faire passer le PQ d'une situation sous le seuil de la majorité à 67 sièges, pendant que le PCQ passe de 11 à 12 députés.

Dans les deux cas, la frontière est mince.

Une majorité se gagne une circonscription à la fois. Même chose pour ce fameux douzième député conservateur. Et lorsqu'on regarde actuellement les scénario de Projection 127, on réalise à quel point plusieurs de ces sièges ne tiennent qu'à presque rien.

À moins d'un point d'écart, on retrouve actuellement :

L'Assomption — Vanier–Les Rivières — Saint-Henri–Sainte-Anne — Brome-Missisquoi —
Borduas — Chapleau — Iberville — Taschereau — Jean-Lesage — Drummond–Bois-Francs

Et si on élargit à moins de deux points, la liste continue : Daniel-Johnson, Louis-Hébert, Champlain, Trois-Rivières, Sherbrooke et Nicolet-Bécancour.

Ça fait 16 circonscriptions où je ne gagerais pas ma ceinture sur le résultat final.

Le soir du 5 octobre, ce sont probablement ces noms qu'il faudra surveiller attentivement sur la carte.

Parce qu'une majorité, la reconnaissance d'un groupe parlementaire ou la survie de plusieurs députés peut parfois tenir à une seule circonscription.

Et une seule circonscription peut tenir à une poignée de votes.