Un dernier sondage Léger est sorti ce matin, possiblement l’un des derniers avant le jour du vote. Le PQ demeure en tête à 29 %, devant le PLQ à 25 % et le PCQ à 20 %. Québec solidaire obtient 11 %, alors que la CAQ se retrouve à 14 %.
Quelques points bougent, mais tout semble encore évoluer à l’intérieur de la marge d’erreur. Ce que ce sondage confirme cependant, c’est que le PCQ fait le plein d’appuis, et ce, au détriment direct de la CAQ.
Cependant, c’est lorsqu’on compare les données détaillées avec celles du Léger publié quelques jours plus tôt qu’on peut voir avec davantage de précision ce qui bouge réellement.
Régions, groupes d’âge, langue : derrière quelques petits mouvements au national se cachent parfois des variations de cinq, six, sept et même huit points.
Et c’est justement là que ça devient intéressant.
Deux CAQ très différentes
Entre les deux sondages, en quelques jours, la CAQ recule de 16 % à 14 % au niveau provincial. Un recul de deux points.
Mais ce chiffre cache des mouvements régionaux complètement opposés, qui peuvent nous donner une idée des endroits où les efforts de l’équipe de Christine Fréchette pourraient être concentrés lundi prochain.
Dans la RMR de Montréal, la CAQ passe de 17 % à 10 %, une baisse de 7 points.
Dans la RMR de Québec, même phénomène : 15 % à 8 %, une autre baisse de 7 points.
Dans le reste du Québec, le mouvement se fait dans l’autre direction : elle passe de 15 % à 19 %, soit +4 points.
Autrement dit, la CAQ s’est complètement effondrée à Québec. Avec 8 %, elle se retrouve à égalité avec Québec solidaire. Même le PLQ fait maintenant mieux qu’elle, à 18 %.
Dans le modèle de Projection 127, les endroits où la CAQ peut encore espérer sauver quelques sièges se retrouvent donc essentiellement dans des circonscriptions comme Trois-Rivières, Granby, Borduas, Chambly et Groulx.
Le PCQ gagne deux points… mais pas partout
Le Parti conservateur du Québec, lui, fait le trajet inverse de la CAQ : il passe de 18 % à 20 %.
Encore une fois, ce mouvement cache beaucoup de choses. Et il n’est pas nécessairement garant de gros gains malgré cette progression. Voici, en détail, comment s’explique le mouvement des troupes de Duhaime.
À Montréal, le PCQ passe de 9 % à 14 % : +5.
À Québec, il grimpe de 31 % à 37 % : +6.
Mais dans le reste du Québec, il recule de 25 % à 22 % : -3.
Le chiffre de 37 % dans la RMR de Québec est particulièrement impressionnant. Il rappelle les chiffres autrefois obtenus par l’ADQ, comme si le PCQ incarnait maintenant cette frange de l’électorat. Comparativement, le PQ y obtient 28 %, le PLQ 18 %, alors que la CAQ et QS sont tous deux mesurés à 8 %. Québec devient donc essentiellement une course à deux dans ce sondage.
De la même façon, même si cela ne se traduit pas nécessairement en sièges, les conservateurs progressent fortement dans la région de Montréal et, comme on le verra plus loin, ils montent surtout chez les non-francophones.
Cependant, là où le PCQ aurait probablement aimé voir les choses bouger, c’est dans le reste du Québec, où il tente d’élargir sa tache d’huile. Or, c’est plutôt le contraire qui se produit : ses appuis reculent — ou, au mieux, stagnent — dans des régions comme le Centre-du-Québec et la Mauricie.
Chez les jeunes : quatre partis nez à nez… et la CAQ à 3 %
Résultat étonnant du sondage : chez les 18 à 34 ans, Léger mesure maintenant :
PQ 27 % — QS 26 % — PLQ 24 % — PCQ 21 % — CAQ 3 %
Quatre partis se retrouvent donc dans une fenêtre de seulement six points, soit pratiquement à égalité lorsqu’on tient compte de l’incertitude associée à un sous-échantillon.
La CAQ, elle, est très loin derrière à 3 %. Une disparition presque complète dans cet électorat. C’est aussi le seul groupe d’âge où QS est véritablement compétitif.
Et les mouvements depuis le sondage précédent sont importants.
Le PQ passe de 22 % à 27 % (+5) et QS de 21 % à 26 % (+5).
Le portrait chez les jeunes est donc plus divisé que jamais. Dans un électorat qui vote en moyenne moins que le reste du Québec, ce n’est pas nécessairement une bonne nouvelle pour QS, qui dépend beaucoup de cet électorat pour conserver plusieurs de ses sièges.
Chez les 35–54 ans, le PQ recule
Mouvement ici aussi chez cette tranche d’âge particulièrement active de la population. Et ce n’est pas négligeable.
Chez les 35 à 54 ans, le PQ passe de 36 % à 30 %, soit une variation de -6 points entre les deux sondages.
Et ce n’est pas un seul parti qui récolte les fruits de ce mouvement. En effet, le PCQ passe de 24 % à 26 %, QS de 9 % à 11 % et la CAQ de 6 % à 7 %. Le PLQ demeure stable à 23 %.
Si ce transfert avait été plus direct vers le PCQ, nous aurions un tout autre portrait. Mais réparti aussi largement entre les autres partis, le PQ conserve tout de même une marge importante dans cet électorat.
C’est dans ce groupe d’âge que les machines de vote peuvent devenir particulièrement importantes. Ce sera d’ailleurs le sujet de mon prochain article d’analyse.
Et chez les 55 ans et plus ?
On dit toujours que ce sont les 55 ans et plus qui votent le plus, et les données historiques le montrent. C’est pourquoi il faut s’attarder à ces chiffres.
Voici ce que Léger mesure :
PQ 29 % — PLQ 27 % — CAQ 23 % — PCQ 15 % — QS 4 %
Le PCQ y passe de 11 % à 15 % (+4) alors que la CAQ passe de 27 % à 23 % (-4).
C’est un mouvement qui avantage indirectement les troupes de PSPP. En effet, alors que la CAQ menait dans cette tranche d’âge en début de campagne, le PQ pouvait espérer deux choses : soit augmenter considérablement ses propres appuis, soit voir le vote de la CAQ se diviser afin de créer de nouvelles courses à trois. Et c’est davantage ce deuxième scénario qui semble se dessiner dans ces données.
Le PQ demeure pratiquement stable, passant de 30 % à 29 %, tandis que le PLQ recule de deux points.
On mesure donc des rapports de force radicalement différents selon l’âge : QS est à 26 % chez les 18–34 ans et à 4 % chez les 55 ans et plus; la CAQ passe quant à elle de 3 % chez les plus jeunes à 23 % chez les plus âgés.
C’est notamment ce contraste qui peut aider à comprendre pourquoi, dans une projection par circonscription, les résultats peuvent différer considérablement des simples intentions de vote nationales.
Chez les francophones, le PQ seul en tête
Les différences linguistiques ajoutent une autre dimension.
Chez les francophones, le PQ demeure largement devant à 35 %, même s’il recule de deux points. Avec une avance de 16 points sur son plus proche rival, c’est une donnée particulièrement importante pour comprendre la position du PQ dans plusieurs circonscriptions.
Pour les autres partis, le PCQ demeure stable à 19 %, alors que le PLQ gagne un point pour atteindre 15 %. QS passe toutefois de 10 % à 14 %, soit +4 points, pendant que la CAQ passe de 18 % à 15 % (-3).
Mouvement spectaculaire chez les non-francophones ?
C’est un échantillon que l’on observe moins souvent puisque le PLQ y est habituellement dominant — et il l’est encore, rassurez-vous!
Cependant, on observe une baisse du PLQ, qui passe de 63 % à 56 %. Pendant ce temps, le PCQ passe de 12 % à 20 %.
Un mouvement non négligeable de -7 et +8 points entre les deux sondages.
C’est le plus gros mouvement de toute notre comparaison. C’est aussi un élément qui pourrait contribuer à expliquer la hausse du PCQ à Montréal et au niveau national.
Est-ce suffisant pour se traduire par des gains de sièges? On n’en est pas là.
Quoi retenir ?
Il serait prématuré d’affirmer que tous les mouvements observés représentent de véritables déplacements de l’électorat. Les sous-groupes reposent évidemment sur des échantillons plus petits, et les variations doivent donc être interprétées avec prudence.
Mais certaines demeurent particulièrement intéressantes.
Pour un modèle comme Projection 127, ce sont justement ces détails qui permettent d’affiner le portrait et de moduler certains mouvements.
Parce qu’une élection ne se déroule pas dans une seule immense circonscription. Elle se joue dans 127 circonscriptions, auprès d’électorats qui n’ont ni le même âge, ni la même composition linguistique, ni nécessairement les mêmes comportements politiques.
Notre science est loin d’être exacte, et au bout du compte, ce sont les électeurs qui feront leur choix.
Une chose est certaine : nous aurons besoin de beaucoup de pop-corn lundi!
ALLEZ VOTER!
