Lundi le 5 octobre, après des mois de travail, nous fait notre projection électorale. Après avoir compilé les sondages, étudié les résultats historiques, intégré des données régionales et tenté de tenir compte des particularités de chacune des 127 circonscriptions.
Deux jours plus tard, le résultats des votes raconte une tout autre histoire.
Il serait facile de souligner que Projection 127 a correctement identifié le parti arrivé en tête, qu'il a prévu la disparition de la CAQ de l'Assemblée nationale et qu'il a même obtenu exactement le nombre de sièges conservateurs.
Mais ce serait passer à côté de l'essentiel.
Notre modèle s'est trompé. Et certaines de ses erreurs méritent une analyse sérieuse.
Une majorité annoncée, un gouvernement minoritaire
Notre projection finale donnait 66 sièges au PQ, 37 au PLQ, 19 au PCQ, 5 à Québec solidaire et aucun à la CAQ.
Le résultat : 59 pour le PQ, 40 pour le PLQ, 19 pour le PCQ, 9 pour QS et toujours aucun pour la CAQ.
Le PQ termine donc sept sièges sous notre estimation. Le PLQ en obtient trois de plus, et Québec solidaire quatre de plus.
Le total conservateur est exact, mais nous nous sommes trompés dans deux circonscriptions. Nous avions donné le PCQ gagnant dans Drummond-Bois-Francs, et le PQ gagnant dans Charlevoix-Côte de Beaupré alors que ce fut l'inverse.
Alors, qu'est-ce qui explique ce mouvement de 7 circonscriptions ?
Première erreur : les intentions de vote
Avant même de parler des circonscriptions, il faut regarder notre point de départ.
Notre agrégateur plaçait le PQ à 29,76 %, le PLQ à 24,48 %, le PCQ à 19,68 %, la CAQ à 15,39 % et QS à 10,69 %.
Les nombreux sondages des derniers jour plaçait le PQ à 29%, 30%. Notre agrégateur fait une moyenne pondéré de ces résultats et tente de projeté un résultat médian. Le PQ étant vraiment stable, le modèle a conservé les troupes souverainiste autour de 29% pendant presque toute la campagne. Ce dernier à fait 28% lundi.
1% ce devrait être une erreur statistique normalement. Mais dans une course aussi serré, 1% de moins, quand on l'applique dans le modèle, fait passer le PQ de 66 (notre projection) à 59! Exactement le bon nombre.
Cette première erreur relève de l'estimation du vote populaire. Et on peut penser que les electeurs péquistes ont moins voté que les autres partis. Ce fut aussi le cas de la CAQ qui était projeté plus forte que les votes reellement reçus. Mais pour eux, les carottes étaient déjà cuite.
Deuxième erreur : la géographie électorale
C'est ici que notre analyse devient particulièrement intéressante.
Après l'élection, nous avons effectué un test rétrospectif : remplacer les intentions de vote de notre agrégateur par les résultats populaires réellement obtenus, puis laisser le moteur les répartir dans les 127 circonscriptions.
Pour isoler davantage le fonctionnement du modèle, ce test conservait l'historique local, la calibration régionale et les pondérations automatiques.
Le résultat de cette expérience était révélateur :
PQ : 59 sièges
PLQ : 36 sièges
PCQ : 22 sièges
QS : 9 sièges
CAQ : 1 siège
Le modèle retrouvait exactement le nombre de sièges du PQ et de QS. Pourtant, il attribuait encore quatre sièges de moins au PLQ, trois de plus au PCQ et un siège à la CAQ.
Même avec les résultats populaires connus à l'avance, notre moteur ne reproduisait pas parfaitement la carte électorale.
Et deux choses saute au yeux, le vote de QS, est extrêmement puissant et concentré. Le modèle, lorsque QS baissait dans les sondages, perdait trop de point de façon équitable alors qu'en réalité il s'effondrait partout mais restait super fort dans les circonscriptions lui appartenant.
C'est particulièrement vrai à Québec où notre modèle donnait Jean-Lesage et Taschereau au PQ dans une lutte ultra serré. Ça semblait logique comme QS était donné à 8% dans les sondages comparativement a 20% au résultat de 2022 dans cette région. On constate donc que le 12% perdu par QS à Quebec est du à l'effondrement dans toutes les autres circonscriptions. Cette réalité, notre modèle n'a pas su le prédire.
Troisième erreur : certaines circonscriptions nous ont échappé
En examinant les résultats locaux, plusieurs cas ont attiré notre attention.
Jean-Talon est particulièrement révélatrice. Notre moteur accordait une avance importante au PQ, alors que le PLQ a remporté la circonscription assez facilement. Le moteur avait attribué une trop forte retention du vote de la partielle de 2023... Alors que ce ne fut pas vraiment le cas à la générale.
Rosemont montre une autre difficulté. Notre transposition accordait environ 40 % au PQ contre 31 % à QS. Les résultats réels ont inversé ce rapport, avec une victoire solidaire. Nous avions pas perçu une retention aussi forte à QS, surtout avec le départ du député sortant.
En Mauricie, une tendance mérite une attention particulière. Dans les quatre circonscriptions que nous avons examinées en détail — Champlain, Maskinongé, Laviolette–Saint-Maurice et Trois-Rivières — le moteur surestimait le vote conservateur de plusieurs points. Nous avons prédit les bons résultats dans les quatres courses, mais le PCQ recevait plus d'appui dans le modèle qu'en réalité.
Ce constat ne prouve pas encore une erreur de calibration régionale. Il pourrait également refléter des particularités locales, des candidatures ou des limites de notre historique électoral. Mais sa répétition justifie un examen plus approfondi.
Enfin, Huntingdon et Papineau ont montré un problème différent : notre moteur sous-estimait fortement le PQ, de l'ordre de 9 à 11 points dans les tests étudiés. Mais personne ne prédisait que ces circonscription basculeraient chez les souverainistes... Papineau ayant élu un seul péquiste... en 1976! Et Huntingdon en ayant jamais élu un souverainiste depuis sa création!
Ces écarts ne sont pas tous de même nature. Certains touchent le rapport entre deux partis, d'autres la force globale d'un parti dans une région ou la capacité du modèle à reconnaître une évolution locale.
Un bon gagnant ne signifie pas une bonne projection
Notre bilan ne doit pas se limiter au nombre de circonscriptions dont nous avons correctement identifié le gagnant.
Prenons Champlain. Notre test donnait une avance conservatrice d'environ 5,8 points. Le résultat réel s'est joué dans une course extrêmement serrée.
Le gagnant pouvait être correctement identifié tout en laissant une erreur importante sur l'intensité de la compétition.
C'est pourquoi notre prochain examen des résultats se fera sur les deux premiers partis, leurs marges et les écarts de pourcentage pour chacun des cinq grands partis.
Un moteur électoral doit faire davantage que colorier correctement une carte. Il doit reproduire, autant que possible, les rapports de force qui se cachent derrière chaque couleur.
Un bilan somme toute positif!
Projection127 a vue le jour en Août 2026. Il vivait avec vous ses premiers balbutiement! 2026 se voulait l'épreuve du feu et nous sommes relativement satisfait de l'exercice. Aucun agrégateur n'avait prévue un résultat exacte, et il aurait été difficile de le faire dans un contexte de course à 5 (Qui a fini a course à 4). Nous avions projeté le PQ à 66 avec 4 circonscriptions gagné par moins de 0,5% du vote ce qui était un coup de dés. Mais le vote du PQ n'a pas su se démontrer aussi solide, et les électeurs de QS et du PCQ se sont d'avantage présentés aux urnes.
Nous avions sous estimé que le PLQ avait percé l'axe de l'autoroute 30, aussi. Nous ferons aussi une analyse plus complète de ce qui a pu se passer dans ce secteur dans un prochain article.
Notre engagement : montrer aussi ce qui n'a pas fonctionné
Projection 127 est né d'une passion pour les chiffres, les élections et la compréhension des comportements électoraux.
Nous avons partagé nos projections publiquement. Il est donc normal de partager également nos erreurs.
Nous ne prétendons pas avoir découvert une formule magique. Nous avons construit un outil de transposition électorale, avec ses forces et ses limites.
Il a correctement anticipé plusieurs grandes tendances. Il a aussi surestimé la force du PQ, sous-estimé celle de Québec solidaire et mal évalué plusieurs batailles locales.
Nous n'allons pas effacer ces erreurs ni réécrire notre projection finale. Elle restera accessible, telle qu'elle était avant le vote.
Parce qu'au fond, la crédibilité d'un modèle ne se mesure pas seulement à ses réussites.
Elle se mesure aussi à sa capacité de reconnaître ses erreurs, de les documenter et d'en tirer des enseignements.
127 circonscriptions. 127 verdicts. Et maintenant, beaucoup de travail pour comprendre ce que les chiffres ne nous avaient pas dit. Et Merci encore d'avoir suivi Projection127, nous poursuivrons d'actualiser le site, de partager nos réflexion et de se préparer pour le prochain rendez-vous électoral!
Projection 127 — Bilan postélectoral 2026
