Rarement une journée aura offert autant de matière aux amateurs de politique québécoise. Ce 14 septembre, trois nouveaux sondages — Léger, Pallas et Synopsis Recherche — sont venues prendre simultanément le pouls de l’électorat. (Et dans les mêmes dates...)
Malgré certaines différences entre les trois maisons, un constat ressort : la course demeure ouverte et les rapports de force continuent d’évoluer rapidement.
Les trois sondages placent le Parti québécois au premier rang, avec des appuis variant de 27 % à 29 %. Derrière lui, le Parti libéral et la Coalition avenir Québec se retrouvent dans une lutte particulièrement serrée.
Léger mesure le PQ à 29 %, devant le PLQ à 23 % et la CAQ à 21 %. Pallas obtient plutôt 27 % PQ, 23 % PLQ et 23 % CAQ, tandis que Synopsis situe les trois formations à 28 %, 22 % et 24 % respectivement.
Autrement dit, les trois maisons ne décèlent pas exactement le même pouls des même échantillon — mais elles décrivent toutes un espace relativement compact entre les trois principales formations. On constate donc trois photos qui se tiennent dans la marge d'erreur.
Le Parti conservateur se situe pour sa part entre 14 % et 17 %, tandis que Québec solidaire obtient 10 % ou 11 % dans les trois enquêtes.
Un test grandeur nature pour Projection 127
Cette journée constitue également un test intéressant pour un modèle d’agrégation.
Projection 127 ne cherche pas à choisir quel sondage a « raison ». L’objectif est plutôt de combiner l’information disponible en tenant compte notamment de sa fraîcheur et de la fiabilité accordée aux différentes sources.
En période électorale, Projection 127 utilise donne des poids plus fort selon le délai passé depuis un sondage : les sondages récents prennent donc rapidement davantage d’importance que ceux réalisés plusieurs semaines auparavant.
Ce qui bouge
Avant cette série de publications, l’agrégateur situait approximativement le PQ à 29,3 %, la CAQ à 23,8 %, le PLQ à 21,6 %, le PCQ à 15,3 % et QS à 10,0 %.
Les nouvelles enquêtes provoquent surtout un resserrement.
Le PQ recule légèrement tout en conservant la première position. Le PLQ progresse, la CAQ perd une partie de son avance sur les libéraux, tandis que QS et le PCQ gagnent également quelques dixièmes.
Ce qu'on doit savoir c'est que chaque partie se retrouve dans une certaine zone payante. Ainsi, si vous Entrez manuellement les resultats de chacun des trois sondages, vous vous retrouverez avec un portrait différent, comme quoi chaque dixième de point de % peut vite faire basculer un siège.
Disons nous le, ça rend le tout à la fois excitant et périlleux pour un agrégateur.
Montréal bouge aussi
Les données régionales publiées aujourd’hui apportent de nouvelles informations sur l’Île de Montréal, sa banlieue, la région de Québec et le reste du Québec.
C’est particulièrement intéressant pour Projection 127 puisque son modèle ne se contente pas d’appliquer uniformément les intentions de vote provinciales aux 127 circonscriptions. Les tendances régionales sont confrontées au comportement historique propre à chaque circonscription afin de corriger les écarts qui apparaissent entre le portrait provincial et les réalités locales.
Les nouvelles données montrent notamment des mouvements importants dans la structure du vote montréalais. Sur l’Île, les nouvelles observations renforcent certaines différences entre le PLQ, QS et les autres formations, tandis que la banlieue montréalaise présente un équilibre sensiblement différent.
Ces mouvements pourraient devenir particulièrement importants dans les circonscriptions où quelques points seulement séparent les deux premières formations.
Trois sondages ne font pas une élection
Une journée comme celle-ci illustre aussi pourquoi une projection électorale doit rester… une projection.
Les sondages comportent une incertitude statistique, les sous-échantillons régionaux sont encore plus volatils et les différentes maisons utilisent des méthodes qui ne produisent pas nécessairement exactement les mêmes résultats.
L’intérêt d’un agrégateur n’est donc pas d’effacer ces différences, mais de les mettre en perspective.
Et aujourd’hui, les trois sondages nous envoient malgré tout un message assez cohérent : le PQ demeure en tête, la lutte PLQ–CAQ est extrêmement serrée, et plusieurs mouvements régionaux pourraient avoir davantage d’importance que les variations de quelques dixièmes observées à l’échelle nationale.
À mesure que la campagne avancera et que de nouvelles enquêtes seront publiées, ce sont justement ces tendances répétées — plutôt qu’un seul sondage — qui permettront de déterminer si les mouvements observés aujourd’hui deviennent de véritables tendances.